Nouveau, Réflexion

Adam & Eve

par Aziz Farès.

La parole de grands romanciers peut être de plus d’un secours

Probablement. Sommes nous en mesure de l’entendre ?

Avons nous le courage d’écouter ces voix venues d’ailleurs ?

En sommes nous capables si nous n’avons  pas été à l’écoute de notre propre voix  que nous refusons d’entendre en nous bouchant les oreilles ?

Qu’y a t-il donc à cacher ?

Pourquoi ce silence, ces mots que l’on tait ou que l’on murmure comme une prière ultime ?

Est-ce là que tout se joue ? Dans cet imaginaire que je confondais encore récemment avec le néant ?

J’ai donc fait de fréquents aller-retour dans nos conversations si riches pour comprendre ce qui  pouvait nous anéantir. Comment la culture nous aliène au lieu de nous faire grandir.

Une question dont l’intensité fait grésiller des connections neuronales ankylosées se pose .

« Y a-t-il une jouissance noire et impénétrable  au coeur même de la honte qui nous attacherait à elle comme à notre insu? » En nous offrant un choix cornélien qui nous met face à Montaigne et Nietzsche !

Cette jouissance se ferait alors dans une douleur masochiste que nous appellerions de toutes nos forces afin de tenter de cacher une honte insupportable.

Mais pourquoi ?

Cette honte qui nous rend gauches et maladroits servirait-elle à dissimuler autre chose de plus pénible encore, de plus terrible, qui serait comme un secret impossible à dire. Et comment le dire si nous n’en avons pas conscience ? Comment trouver ces mots rédempteurs lorsque notre vocabulaire se résume, quelle que soient nos croyances, à un ave et trois pater.

Ne pouvant plus fuir, ne sachant plus où aller, prisonnier de notre ombre qui se déplace malgré/avec nous, nous nous lançons alors dans une course effrénée, haletants, hagards dans une fuite en avant.

Un avant qui s’enfuit vers un futur qui se confond avec un passé inoublié, impossible à rattraper, et qui sans cesse, nous ensorcelle pour ne montrer que cette face déplaisante de nous même. Et nous avons honte…

Honte d’être ce que nous sommes, ce que nous ne serons pas, que nous ne serons jamais, que nous n’avons pas pu être, que nous aurions voulu être.

Et ces mots s’imposent et s’opposent pour révéler, comme un jugement irrévocable, que nous ne sommes rien. Un grondement qui fait taire une timide velléité d’un devenir insaisissable.

« Les puissances dominantes, morales, religieuses, sociales seraient-elles  promptes et expertes à en jouer pour nous garder sous leur férule? ». 

Même pas ! Ce n’est plus nécessaire. Ces « puissances » n’ont plus rien à faire que nous laisser faire, nous laisser aller, la bride sur le cou, libres d’aller n’importe où sans risque de nous évader, prisonniers d’une mémoire fragmentée dans laquelle nous ne voyons qu’une partie de notre âme.

Et peut-être est ce là qu’est le piège. Ce que nous voyons, que nous savons de nous n’est pas faux ; c’est même la réalité et nous avons raison d’y croire.

Mais c’est une réalité incomplète sans être illusoire, voilée, qui ne laisse apparaître qu’une partie de nous.

Alors la honte nous saisit. Une honte toxique dont les relents nous parviennent au gré des vents.

Car il s’agit bien d’un empoisonnement pervers, lent, insensible qui peu à peu nous fait dériver jusqu’à perdre de vue notre propre image.

Et cette émotion nous échappe et nous tentons de la juguler mais c’est elle qui nous étouffe et dans un effort désespéré nous rejetons tout ; notre histoire, notre nom, notre passé, notre vie pour ne plus être que des êtres éteints toujours en devenir, innocents coupables dont nous devenons les bourreaux impitoyables.

La Honte pourtant assumée est une émotion saine dont il faut accepter la présence dans un équilibre harmonieux.

Cette acceptation est pénible car elle nous ramène à notre véritable dimension, celle d’un Etre Humain.

Nous qui rêvions d’être supérieur, nous ne en sentons que plus petit, ou trop grand pour pouvoir supporter notre propre regard.

Cette fascination d’une image idéale de Soi est profondément ancrée dans un inconscient toujours actif dont nous tentons, en vain, de contrebalancer la formidable énergie car elle nous ferait apparaître tels que nous sommes.

« Adam et Eve étaient nus et ils n’en avaient pas honte ».

Ils étaient ce qu’ils étaient jusqu’au Moment Fatidique…!

3 Réponses à “Adam & Eve”

  1. Le 13 mai 2014 à 21 h 07 min Ashley a répondu avec... #

    Thanks so much for the article.Really looking forward to read more. Fantastic.

  2. Le 14 septembre 2013 à 21 h 29 min Dina youras a répondu avec... #

    Tout à fait fait ça . En plein dans le mille. Ces mots raisonnent avec une très grande justesse tout au fond de moi. Pèsent de tout leur poids sur la conscience. Mais comment en parler pour se libérer? Trop trop honte.
    Tu viens de le faire avec adresse et habileté. Merci mille fois…

  3. Le 6 septembre 2013 à 22 h 36 min Idir Ait Mohand a répondu avec... #

    Nus dans l’immensité du paradis, Adam et Eve pouvaient finir leurs jours dans la félicité s’il n’y avait pas eu le luxurieux coup de foudre que leur inspira le diable. Ainsi se joua l’avenir de l’humanité qui, grâce au diable, a connu une procréation tous azimuts. Mais cela a un prix, et c’est celui que payèrent Adam et Eve qui furent chassés du paradis pour avoir désobéi à Dieu !

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